Prémonitoire ces quelques mots ? Réalistes, dirais-je plutôt.
Pour tout vous dire, je n’ai jamais pris le départ de notre atypique course en raisonnant victoire. Ni ces précédentes années, encore moins pour cette dixième édition, tant mon année, en termes de compétition et préparation, fut aléatoire.
Pour moi, sur les Templiers, la magie, l’histoire, naissent et se construisent pas après pas, l’alchimie prend au fur et à mesure que l’on s ‘étend sur ce long rebond naturel, presque irréel.
Manque d’ambition, de motivation me diriez-vous, voire complexe d’infériorité.
Je vous rétorquerais qu’ainsi, je ne risque pas d’être déçu !
Si nous sommes chaque année plus nombreux sur le festival de l’Endurance, c’est qu’il se dégage de Nant une saine accoutumance, une idéale fragrance de convivialité, une façon de courir et de vivre différemment l’espace d’un week-end.
Pour résumer le fond de ma pensée, je dirais que :
Préparation aléatoire donc, puisque depuis mars elle est faite pour l’essentiel de rando-course en montagne entre Pyrénées, Pays-Basque, Auvergne et Corse où, avec Sandrine ma compagne, nous avons accumulé quelques 60 000 m de dénivelé et sommes à présent devenu imbattables dans l’art du bivouac !
C’est une fois de plus au dernier moment que je me suis décidé à m’aligner aux Templiers.
Il faut dire qu’à cinq semaines de ceux-ci, après un bon week-end d’entraînement chez Gégé en Pays Basque, sur les traces victorieuses de mon pote Michel, je n’ai pas pu ni eu envie de faire le moindre footing, pris que j’étais par un incessant « mal de mer » et vertige dès que j’étais en mouvement.
Ce n’est, paradoxalement, qu’à quelques heures d’embarquer, cap sur l’île de beauté, que ceux ci s’évanouirent. Nous avons ainsi profité de trois semaines de vacances rondement menées durant lesquelles nous avons accumulé près de 200 km, 21 000 m positifs et gravi une quinzaine de sommets au-dessus de 2000 m sur lesquels nous dégustions, il va sans dire, saucissons, fromages et vins corses.
C’est ainsi, conforté par l’accumulation d’efforts et ma bonne récupération que je me suis dis que j’avais, après tout, le foncier pour tenir 70 k entre Causses et Larzac . Les derniers kms de notre sublime randonnée achevés sur ce train effréné à deux doigts de percuter un renard !
Autre signe prémonitoire ! Car c’est une fois rentré que j’appris que celui qui me fit rêver des Templiers serait parmi nous.
A l’heure où je tournais la page de mon parcours cycliste, Patrick allait écrire le premier chapitre des Templiers.
quand les rencontres épistolaires font germer des rêves, comme le témoignage qui me va droit au cœur, de ce coureur qui se reconnaîtra, venu découvrir la grande course après l ‘avoir vécue au travers de l’un de mes récits…
Le trail c’est aussi ça, partager courir et vivre autrement.
Alors, lorsque après le second ravitaillement je fus moins saignant, sur la crête du Suquet, je ne me suis pas affolé. Mais lorsque plus loin, je ne pus ni allonger ni relancer sur le roulant, les jambes trop durcies, courbaturées, je ne me suis pas affolé non plus. Je savais à présent que le chemin allait être long et douloureux, mais le but étant simplement d’arriver…
Pourtant lorsque cette vieille douleur tendineuse sur le côté du genou se réveilla, l’idée qu’il serait plus sage d’abandonner me frôla un moment l’esprit. Mais je me devais d’offrir à François ce dossard, déjà bien fripé, ayant foulé le tapis rouge d’arrivée, peu importe les délais, tout comme vous tous qui couraient avec ce rêve et cet espoir. Aussi pour Sandrine, Odile, Gilles tous les organisateurs, bénévoles et spectateurs sans qui depuis dix éditions, nous ne pourrions nous retrouver.
Je devais bien cela à une course qui m’a ouvert à trois reprises si généreusement ses bras.
Ne dit-on pas que la course fait la réputation d’un coureur et non le contraire ?
Alors même si j’ai souffert, pour toutes ces raisons et bien d’autres, je me devais de terminer.
Cette souffrance, je sais d’où elle vient, je sais l’apprivoiser, je sais qu’elle aura un fin à la différence de bien d’autres à travers le monde, je suis un privilégié.
Alors, si cette année je souffre, cela me permet de mieux apprécier encore mes trois dernières chevauchées fantastiques.
Si je souffre, c’est que je vis !
Je fus davantage satisfait et conforté dans mon idée en assistant à vos arrivées, tout au long de la soirée.
Et si on se donnait rendez-vous dans un an ?





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